Chroniques de voyage – 6

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Rues pavées, façades très colorées, architecture coloniale, presque on pourrait se croire à Cuba, Trinidad pour être précis, les voitures des années 50 en moins. Cuenca est une ville  avec, semble t il beaucoup d’activité économique, le quartier historique en est la vitrine, et elle est belle la vitrine,  réellement habitée, pas seulement une ville balisée pour les touristes. Ca se voit d’ailleurs, en déambulant je vois les marchands installer leurs étalages, les enfants en uniforme aller mollement à l’école, on fait la queue à la boulangerie. Oui, ici on ne vit  pas si différemment que de l’autre coté de la planète… et j’ai pas encore trouvé de café. Je parle d’un vrai café, pas du NESCAFE qu’on m’a proposé systématiquement. J’entre dans une.. un … je sais pas si c’est une cafet, une boulangerie, un bar, il y a du monde et je vois une cuisinière s’affairer. Et puis ca sent bon, tout simplement. Elle prépare des sortes de crêpes, que je commande. C’est à tomber tellement c’est bon, j’en avale 3,  ce qui est 2 de trop si on veut se déplacer durant toute la matinée d’un pas léger, le tout arrosé d’un café… NESCAFE. Je commence à croire que le café d’Equateur est cultivé dans le Lot et Garonne ou en Chine, en tout cas pas dans ce pays. En partant je manifeste mon contentement à la cuisinière sur sa cuisine, ce qui me vaut un grand sourire, et c’est agréable les sourires de bon matin.

Je pars donc en balade, pas de but précis, se perdre, encore et toujours se perdre, le meilleur moyen de trouver ce qu’on ne cherche pas. En plus, j’optimise le concept puisque j’ai passé la moitié de la journée à lire la carte à l’envers. Forcement au bout d’un moment, ça coince un peu, surtout quand on prend pour repère une église, et des églises à Cuenca il y en a à peu près à tous les coins de rue. Je tombe sur un marché, immense, endroit où on peut acheter des choses aussi improbables que variées. J’ai fait l’impasse sur le cochon vivant et le coq pour me rabattre sur un autre PANAMA pour mon padre. Oui, je suis assez classique sur les souvenirs que je ramène, et surtout j’évite les objets lourds et encombrants. Le marché est formidable, vivant, odorant (bon en fait ça pue énormément, entre le poisson et la volaille et tout le reste, l’air y est épais…). Les marchands me font gouter plein de graines, fruits et diverses choses que je refuse poliment. Non Monsieur le marchand, je n’ai pas besoin d’une langue de bovin merci. Bien entendu, toujours  pas de café, ça devient une obsession.

Une rue parmi tant d'autres à Cuenca

Une rue parmi tant d’autres à Cuenca

Au hasard de mes déambulations dans la ville  je tombe sur une galerie de peinture, je m’y arrête, la bâtisse est belle, c’est l’occasion de voir l’intérieur. Je suis accueilli par une jeune femme qui fait visiter. C’est la galerie Atelier d’un artiste local, Ariel Dawi, peintre, photographe, artiste multi-support pourrait on dire.

J’ai à peine commencé à regarder l’exposition, qu’un homme, très chaleureux vient me rejoindre, l’artiste himself, et il parle français en plus. Il me présente son travail (lien) et m’invite à boire un café, dans son atelier juste au dessus. Un atelier d’artiste est un lieu de vie et c’est là que tout prend vie justement. Pour comprendre un artiste on devrait visiter d’abord là où il vit. Dans son atelier, pleins de bibelots, de photos, d’objet divers, je perçois l’éclectisme (si on m’avait dit qu’un jour j’utiliserai un mot pareil) de ses influences, et c’est très intéressant. La terrasse avec vue sur les toits de la ville est superbe, et je déguste enfin un café. Comme quoi, les choses viennent, surtout au moment où on ne les cherche pas. Je passe un moment avec Ariel, fait quelques images de lui en lui promettant de lui envoyer et je m’échappe. Encore une fois le hasard m’a mené à une sympathique rencontre et j’adore ça.

Depuis le toit-terrasse d'Ariel, artiste peintre

Depuis le toit-terrasse d’Ariel, artiste peintre

A peine sorti de la galerie, je me retrouve sur une place où un me propose un tour de la ville en bus terrasse. 1h30 assis à voir la ville de haut et surtout sans fatigue. Et pourquoi pas. Le bus part 5 mn plus tard et c’est vraiment agréable. A 3m de haut les choses et le regard prennent une autre dimension, d’autant plus que le bus sort de la ville et nous la montre depuis un point de vue panoramique. Elle est immense cette ville et depuis le point de vue on découvre la chaine de montagnes qui l’entoure. Je profite pour m’acheter de l’eau, j’entre dans une boutique, sors mon portemonnaie ma bouteille d’eau sous le bras. La vendeuse fait le tour de son comptoir, passe derrière moi et ramasse quelque chose qu’elle me tend : une carte mémoire de 32 Go. Exactement la même que celle que j’ai sortie de mon appareil une dizaine de minutes avant car pleine de photos des 15 derniers jours. Je l’ai remerciée chaleureusement, en imaginant comment j’aurais très mal vécu la perte de ce ridicule rectangle de plastique, concentré de moments formidables, de couleurs éclatantes, et de rencontres étonnantes ou improbables. Je ne crois pas qu’elle ait compris l’importance de cette carte pour moi et du geste qu’elle a eu.

Je sors rassuré,  rassuré sur le genre humain, capable souvent de bonnes choses, même si on s’arrête surtout sur les mauvaises qu’on entend ici et là. En revanche beaucoup moins rassuré sur ma capacité à perdre, oublier les choses, bref à planer un peu, beaucoup même…

Le reste du tour de la ville perché sur mon bus est très sympa. Remerciement au touriste allemand qui m’a juste un peu sauvé la vie. Oui debout sur le toit terrasse d’un bus qui passe dans un tunnel, il est préférable de ne pas tourner le dos à la route et de faire attention à ce qu’on fait.

Elle semble attendre quelqu'un...

Elle semble attendre quelqu’un…

La journée est bien avancée, j’ai vu beaucoup de choses, cette ville est décidément très attachante. Il y règne un je ne sais quoi qui fait qu’on s’y sent bien. J’ai fini ma journée assis dans un parc à profiter simplement d’être là, écouter un prédicateur totalement investi dans sa mission de sauver le monde et ses âmes pécheresses, et justement, il me prend en plein flagrant délit de gourmandise. J’ai acheté quelques minutes avant à une mémé dans la rue des petites pâtisseries à la crème. Avant d’acheter, je lui demande ce que c’est, elle m’explique, je ne comprends pas, elle m’en offre une, je goute, me lèche les babines et j’en achète quatre.

Gourmandise...

Gourmandise…

Je pourrais poursuivre en vous racontant que je me suis aussi perdu pour retrouver mon hôtel, celui dont je suis parti ce matin sans noter ne serait ce que le nom,  que j’ai rencontré un groupe d’étudiants avec qui je me suis bien marré le soir même, que la journée s’est finie comme elle a commencé, avec le sourire, mais je vais en rester là pour aujourd’hui…

 

La suite très vite :)