Chroniques de voyage – 3

 

Aujourd’hui je trace vers le Pacifique. Ca sonne bien à l’oreille PA-CI-FI-QUE. Eau turquoise, sable superbe, route sinueuse qui longe la côte au milieu d’une nature luxuriante….. C’est un peu l’image que j’ai en tête, je sais aussi que les plages d’Equateur, c’est pas tout à fait ça. Bon, c’est pas bien grave, on m’a conseillé quelques coins et mon fidèle LONELY PLANET est assez objectif, normalement.

Je pars donc en direction du sud de Quito, vers la plus grande gare routière de la ville. De là je peux partir dans tout le pays… en principe. Le chauffeur de taxi est très sympa et me note sur sa carte de visite la compagnie de bus SUPER LUXE EXECUTIVO à prendre, avec les villes de correspondance.  C’est bon ca d’être pris en main, je me vois déjà dans le bus au siège massant à somnoler, regarder le paysage tout en réglant la température de la clim qui souffle délicatement au-dessus de moi, sauf que….

La gare de bus est gigantesque, à se demander si ce n’est pas Quito qui est dans la gare routière plutôt que l’inverse. Je cherche désespérément cette compagnie de bus qui ne semble pas exister. Finalement elle existe, si… mais pas le dimanche. Va falloir improviser. Bien entendu ma destination ne se fait pas en trajet direct, et pas en bus de luxe qui masse le dos.

Je me retrouve donc avec un billet qui ne va pas là ou je voulais aller, mais dans un bled dans lequel je vais devoir trouver la compagnie qui fait la correspondance. Quelques heures de bus pour se tremper dans le Pacifique dès l’aprèm semble se transforme en périple.

Départ du bus quai 26, pas de bus. OK.

3 mn du départ, pas de bus mais pas de voyageurs non plus. Oui, j’aurais pu m’en inquiéter avant, ce genre de détails aurait du m’indiquer que j’étais bien parti pour louper le bus qui n’est pas au bon emplacement.

Sac à dos sur le dos, je demande en agitant mon billet et en couinant aux divers chauffeurs de bus, avec cet accent déplorable CANOA ? CANOA ?

On me dit que mon bus, c’est celui qui part justement. Je cours après mon bus qui daigne s’arrêter. Ouf, je suis du voyage.  Pour info, le chiffre 26, en espagnol se lit 9. Oui, je sais, ça simplifie pas les choses mais en Equateur, tout n’est pas toujours très simple.

Je comprends de suite que le bus qui n’est pas EXECUTIVO n’est pas non plus RAPIDO. Il s’arrête à tous les coins de rue, ou presque. 1h30 pour sortir de Quito, c’est tranquilou comme rythme, je ne suis pas près de prendre un coup de soleil sur la plage moi. Je découvre toutefois la banlieue de Quito que je vois très pauvre, l’impression qu’elle est en ruine et surpeuplée. Des gens traversent de partout, où que l’on s’arrête des vendeurs surgissent pour vendre tout et n’importe quoi. Ils montent et descendent du bus en marche.On attaque la montagne, ca grimpe fort, le paysage change. Je reste scotché à la fenêtre, les paysages sont superbes. C’est vert, escarpé, humide. De nombreuses cascades ponctuent le trajet.

En quittant Quito...

En quittant Quito…

Comme d’habitude, je me sens un peu observé mais je fais pareil. Des enfants montent dans le bus, pris au bord de la route, au milieu de nulle part et déposés dans un hameau de 5 baraques. Des ouvriers, des femmes chargées de sacs de légumes, des étudiants, des amoureux. C’est pas si différent de chez nous mais ça n’a pourtant pas grand chose à voir.

J’ai vu que ce qui permet de lier connaissance avec les gens est souvent la nourriture, et ça tombe bien, j’ai un paquet de biscuits. J’en propose à la petite fille sur la banquette à ma gauche. Elle hésite, regarde sa maman qui lui fait signe qu’elle peut et s’engage une histoire sans paroles, à base de gestes, de photos montrées sur mon appareil et de carte d’Equateur. Pour résumer, j’ai pas compris grand chose, rien même, par contre elle a mis beaucoup de coeur à m’expliquer ce que j’ai pas compris. Quelques minutes après elles descendaient, j’ai été inondé de grands sourires suivis de gestes d’au-revoir de la petite fille quand le bus a redémarré. Tout cela n’est pas grand chose mais c’est ce qui rend ces déplacements magiques.

Petit à petit le paysage change, de la montagne on glisse vers l’océan, doucement.

On traverse de nombreuses villes dans lesquelles c’est l’effervescence… On dirait une kermesse… Je prends conscience que c’est la Toussaint, la fête des Morts, et le terme ici est utilisé au sens propre. Au travers de ma vitre je me rends compte que la population se rend au cimetière, en famille, non pas pour poser un pot de chrysanthèmes sur le ventre de ses défunts mais avec victuailles, boissons, barbecue et parasol. On n’y vient pas pour pleurer sur le temps révolu mais pour fêter en bonne et due forme la Toussaint, avec les morts ! Waouu, ça ce me scotche complètement, la mort et la disparition d’êtres chers au travers d’un prisme tellement différent. J’ai appris par la suite qu’en plus de fêter ça avec leurs morts, ils mangent évidemment les plats qu’ils préféraient. A s’inviter, autant venir avec ce qui fait plaisir….

Ca s’agite dans le bus, on arrive, gare routière intermédiaire, logiquement il me resterait 2 h de trajet avant CANOA. Ca ressemble à un terrain vague mais blindé de monde. Je demande à un type quel bus je dois prendre. Il n’y a aucun bus dans cette gare routière. Je n’ai pas fini de demander qu’un bus se gare devant moi. ET c’est mon bus. Parfois les choses roulent toutes seules, on sait pas pourquoi, y’a pas de hasard j’ai entendu souvent ces dernières semaines.

Gare routière

Gare routière

Guichet gare routière

Guichet gare routière

Je repars dans la foulée, pour 2 heures, à longer l’océan. Pratiquement que des plages désertes, parfois quelques bateaux de pêche, quelques maisons. Je découvre aussi de grosses structures en bord de mer, comme des stations d’épuration, abandonnées. J’apprendrai par la suite que c’était des centres d’élevage de crevettes, ces fameuses crevettes d’Equateur qu’on trouve dans nos supermarchés. Elever des crevettes a été un véritable el dorado pour certains ici, au détriment de toute réflexion sur l’environnement. Beaucoup ont fait beaucoup d’argent, beaucoup ont voulu leur part du gâteau et ont coupé mangroves et forêts de palétuviers pour construire des structures d’élevage aussi. Cette multiplication a causé de graves dommages générant la fermeture de nombreuses exploitations, squelettes de béton que je vois au travers de ma vitre sale. Tristesse.

D’ailleurs, si il y a bien un mot que je ramène de mes expériences en voyage, en plus de « super, génial, hyper HYPER beau » c’est tristesse. L’homme est le prédateur de la planète qui le nourrit, cherchez l’erreur. Je pense que je dois pouvoir écrire une chronique sur ce sujet mais je ne suis pas sur d’en avoir envie. Je vais poursuivre sur CANOA, sa plage et sa chouette ambiance. D’ailleurs, j’y suis. Descente du bus, plan du LONLY PLANET en main pour tenter de toper une piaule dans la guesthouse de la mort qui tue (rien à voir avec la Toussaint décrite plus haut, c’est pas un cimetière).  Mr LONELY PLANET d’ailleurs, vos guides sont tops, souvent, par contre vos plans, c’est moyen hein. Confondre mètres et centaines de mètres ou kilomètres, en fin de journée, c’est un peu lourdingue.

Gesthouse trouvée, super, clean, accueil vrai, le coucher de soleil -sur le Pacifique ! – est imminent, je ne veux pas le louper, je pars en courant. Oui, même en vacances il y a des choses importantes qu’on ne veut pas louper…

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La suite très vite :)