Chroniques de voyage – 7

Cuenca est désormais à 4 heures au nord d’ici, en minibus. Hier soir j’ai décidé de bouger, transport de luxe, en minibus de 6 personnes, beaucoup plus rapide. Voyant approcher la semaine de mon retour, je préfère ne pas trop perdre de temps avec les transports publics, d’autant plus que le dernier gros trajet ne m’a pas laissé un souvenir particulièrement sublime. Hier soir, des étudiants m’ont donné ce bon plan, à peine plus cher, beaucoup moins long et à 13 h je quittais Cuenca, en compagnie d’un hollandais, un américain, une suisse 2 allemands et un chauffeur. La destination : Vilcabamba. Ville tout au sud de l’Equateur, pas très haute, 1500 mètres et réputée pour ses centenaires. Pas les arbres, les vieux. Il y en aurait une proportion importante, l’air doit y être bon, forcément. La qualité de vie aussi, ce qui mène à d’autres inconvénients, j’en parlerai plus tard.

Le voyage se déroule superbement, au travers de pics qui culminent à 5000, puis au travers de très belles vallées.

J’écoute distraitement les conversations de mes covoyageurs, je préfère profiter du paysage, je me rend compte que ce qu’ils racontent, j’en ai strictement rien à f… cela ne m’intéresse pas, du tout. Ils ont tous prévu un hôtel, moi rien, finalement je descends où le bus les dépose,  c’est à direà 2 km à la sortie de Vilcabamba. Plutôt bonne idée, l’hôtel est très chouette, la vue incroyable. Juste le temps de capter les dernières lumières sur la chaine de montagnes et de me rendre compte que ce coin promet beaucoup de belles choses.

Pas de chambre pas chère puisque j’avais rien réservé, je me retrouve avec une piaule dite « classe ». Et c’est vrai qu’elle est pas mal du tout. Je profite toute la soirée de ce moment de confort, ce n’est pas toujours le cas.

Au petit déj le matin, face à la vallée, couleurs douces du matin, je décide d’aller découvrir le bled. Le coin est un labyrinthe de chemins de randonnées, l’hôtel distribue des cartes, avec des codes couleurs pour la difficulté. Je décide, non pas de passer par la route mais par des chemins pour rejoindre Vilcabamba. Je traverse de tout petits hameaux, des ruisseaux, je rencontre des chiens, plus ou moins sympas, plutôt moins d’ailleurs, le dernier à réussi à me faire courir en marche arrière avec mon sac à dos devant les jambes pour pas me faire croquer. Je marche avec quelques gamins qui vont à l’école, bref, j’ai quand même l’impression d’être au milieu de nulle part, et ça me plait bien.

Je finis par approcher de la ville qui ressemble exactement à l’image qu’on peut avoir d’un petit bled d’Amérique latine : grande place cerclée de maisons coloniales et dominée par une église, rues pavées, quelques pick up américains qui ont du faire 20 fois le tour de la planète, conduits par des ouvriers avec un panama en paille vissé sur la tête. En fond sonore un coq qui n’a pas encore compris que le soleil est levé depuis 5 heures, et on a le cliché. Il est chouette le cliché et je comprends pourquoi tant d’étrangers puissent avoir envie de se poser ici. Je me cherche un café pour en boire un justement (oui c’est une obsession le café ) Je m’approche du premier bar, avec mobilier bois sur une terrasse au soleil, l’endroit parfait. Manifestement, beaucoup d’habitués, mais étrangers. Je comprends de suite qu’ils sont des nouveaux habitants. Moyenne d’âge dans les 65 ans, tous habillés « super cool », un peu hippies et proche de la nature. C’est en tout cas ce que j’ai ressenti. J’ai également ressenti de l’hostilité. Ca c’est dérangeant. J’ai senti que ça les gonflait qu’un touriste (encore un) vienne « coloniser » leur coin d’herbe verte. Je pourrais comprendre que les « locaux » puissent avoir ce ressentiment mais des touristes qui se sont incrustés, j’ai plus de mal. On ne me calcule pas, sinon quelques regards méprisants. Je demande un renseignement au serveur, par rapport à ma carte de rando, je ne comprends rien à ce qu’il me répond, bien s^r. Pourtant, pas un seul n’est venu me filer un coup de main, d’autant plus râlant qu’il y avait des français.

Pas bien grave, juste dommage. Je finis ma balade du bled qui lui est très sympa.

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Le soir, en rentrant de ma balade, je dine avec un canadien qui vit ici et m’explique pourquoi. Comme beaucoup de gens, il est tombé amoureux de cette vallée. Pas très haute, températures douces, immobilier pas excessif. On peut vivre ici une partie de l’année de façon très agréable, loin de tout ce qui nous rend la vie stressante. En plus on y a un pouvoir d’achat important. L’effet pervers du truc c’est que l’immobilier, à force d’être sollicité par de « riches » étrangers grimpe en flèche. Les habitants commencent à ne plus pouvoir se loger dans leur propre ville ou alentours.

Mais pourquoi les nouveaux habitants sont ils si rugueux avec les touristes, touristes qu’ils étaient il y a pas si longtemps ? Ils se sont simplement accaparés les lieux, et trouvent illégitime la présence de touriste comme moi. Drôle de façon de voir les choses, pourquoi ne pas éduquer les touristes à une vision du tourisme plus responsable vis à vis de la nature, des habitants. Non, juste de l’hostilité, gratuite. Daniel qui m’explique cela est un personnage aussi intéressant que sympathique. Il fuit ses congénères retraités et refuse d’être associé à cet esprit négatif. Heureusement que je l’ai rencontré d’ailleurs, au final je ne garderai des rencontres diverses à Vilcabamba que son accent et ses éclats de rire, et puis je suis pas en Equateur pour les touristes un peu bouchés.

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La journée se finit avec une lumière exceptionnelle sur le panorama de la chaine de montagnes.

Je reste planté là, hypnotisé, c’est juste sublime. Demain ces collines et montagnes, je vais les arpenter et ça va être très chouette, je le sais, je le sens.

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La suite très vite :)